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EXTRAIT LONG DE : LA MAGIE DU RÊVE

 

   Des lianes ? S’étonne Béa, tu crois que c’est végétarien ces bêtes là ?

   Ces lianes sont des eunectes, précisé-je, cela devrait contenter notre ami !

   Quelle que soit la variété de ces lianes, dit Vénus, ça m’étonnerait que le crocodile s’y intéresse sur le plan culinaire !

   Qu’elle est conne, intervient Béa, un eunecte c’est pas une liane mais un anaconda, un serpent voisin du boa ! Une bestiole pareille, ça peut dépasser huit mètres…

Puis Béa pâlit en analysant la situation. Elle voulait épater Vénus avec ses connaissances sur les eunectes, mais elle réalise brutalement qu’elle tient un de ces ophidiens par la queue…

   Aaah ! Crie-t-elle terrorisée, on est en danger partout dans cette région…

   Je ne savais pas ce qu’était un eunecte, se moque Vénus, mais moi je n’ai pas peur ! Ils sont figés ces anacondas, on ne risque rien…

   Oui les filles, ils sont fixés dans le temps ! Aidez--moi à les déloger, nous allons les donner en pâture au crocodile. Il nous faut des bâtons, cassez des branches ça fera l’affaire…

Fébrilement, nous cassons des branches et les utilisons pour éjecter les quelques mètres de serpents suspendus au-dessus de nos têtes, comme une épée de Damoclès…

Nos efforts sont vite récompensés, et les horribles ophidiens se fracassent la tronche devant les crocs du croco, mes cocos !

   Il n’a pas l’air d’en vouloir ! Fait Béa perplexe.

   C’est parce qu’ils sont inertes ! Avance Vénus.

   On va arranger ça, dis-je, Je vais débloquer le temps…

   Si tu fais ça, désapprouve Béa, ils risquent de disparaître ! Depuis que tu as fixé le temps, ils sont peut-être à des kilomètres d’ici, tes eunectes !

   Tu ne comprends rien, rétorque Vénus, nous avons touché ces animaux ! S’ils n’étaient plus dans l’arbre au moment où il y a eu contact, nous les avons rappelés à nous ! Comme le conducteur de la Clito à Paris…

Pendant que les filles s’expliquent, j’actionne ma télécommande et les serpents se mettent à réagir, entamant de provocantes reptations devant le croco ravi. Cela lui flatte les papilles gustatives et il se rue gueule ouverte sur le reptile le plus proche de lui, refermant ses puissantes mâchoires sur le tuyau d’arrosage à écailles.

Son copain ne l’entend pas de cette oreille, si j’ose m’exprimer ainsi et se jette au cou du gros lacertilien !

Quand je dis qu’il se jette à son cou, en fait, il se love autour et entreprend une strangulation d’une redoutable efficacité ! Le crocodile manquant légèrement d’oxygène, vu que le serpent lui pompe l’air, ouvre la gueule et laisse choir sa proie. L’anaconda victime met à profit cette défaillance, pour se barrer dans deux directions opposées. Coupé par le milieu, il peut se permettre cette fantaisie ! Et puis maintenant le saurien, il va être bigrement emmerdé pour choisir le morceau qu’il doit poursuivre. S’il peut… Car l’eunecte qu’il a en guise de cache-col accentue son étranglement…

Pendant que le reptile est aux prises avec les trois anacondas – oui, trois, puisque celui qui se trouvait dans la gueule du croco, souffre d’un dédoublement de la personnalité – nous descendons discrètement de l’arbre et hâtons le pas vers la rivière où nous plongeons avec une synchronisation à faire pâlir d’envie les chorégraphes les plus renommés… En quelques brasses savamment négociées, nous regagnons le bord.

Ouf, on sort de la flotte ! Nous sommes sauvés…

Les émotions nous plaquent sur la terre chaude et humide, où nous décidons de rester étendus quelques minutes pour récupérer. Les orteils en éventail, je gratouille du bout des doigts ce sol quasiment vierge de toute incursion humaine. De l’autre côté de la rivière, le crocodile est toujours aux prises avec son écharpe en boa…

Considérant que nous n’avons plus rien à craindre, je décide de bloquer le temps. S’agirait pas que surgisse une autre tribu belliqueuse ou je ne sais quelle bête sauvage…Tiens, il ne manquerait plus qu’une panthère noire, ça pullule dans la région…